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GUIDO N° 45
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GUIDO N° 42
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GUIDO N° 41
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GUIDO N° 40
• EDITO N° 40
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GUIDO N° 39
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GUIDO N° 25
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• TAJINE D€AGNEAU...
• LA STèLE DE BIR KOUAT : UN MYSTèRE ROUGE SUR LE BORD DE LA ROUTE

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GUIDO N° 22
• EDITO N° 22
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• LA MENTHE, L€ABSINTHE
• LES CASCADES DE SIDI M€BAREK
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• EDITO N° 13
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Guido : 42 - MAGIE DE TOUJOURS MEMOIRE D€ANTAN IMPRESSIONS D€AUJOURD€HUI-!!!!!



MAGIE DE TOUJOURS
Pour tous, de tout temps, la magie souirie opère. Certains s’en lassent, d’autres pas. Les nouveaux arrivent et succombent. Une ville aux mille charmes.

Chacun témoigne : une enfance passée ici, un séjour, une vie entière… Douceur océane, décor de carte postale, histoire romanesque et richesse culturelle : difficile de ne pas succomber aux charmes de l’ancienne Mogador. Concernant “la représentation, l’idée de la ville”, elle est pour l’un indissociable de la mer et du vent qui, plus encore que son architecture, créent des rites, des cérémoniaux très simples qui font que le visiteur se retrouve toujours “chez lui” même après une longue absence. La vie sur la plage et sur la promenade qui la longe sont pour le visiteur LA représentation d’Essaouira, avec ces femmes emmitouflées qui profitent seules de la tranquillité du petit matin, les joueurs de foot de l’après-midi, les couples amoureux du soir et toujours, ces groupes de chiens libres comme l’air. Sans le savoir, ils sont dans ce décor somptueux des murailles du port les acteurs appliqués d’un spectacle dont on ne se lasse jamais.

Essaouira, ce sont les mouettes dans le bleu du ciel jouant avec le vent, les barques aux nez retroussés, la brillance argentée des poissons débarqués, le mouvement des hommes, l’accord de leurs gestes et de la mer dans le profil cintré des bois ajustés, les traits de l’écume sur les remparts et l’océan qui meurt sur les rochers verts.

MEMOIRE D’ANTAN
1940/50 – « Près de Mogador, devant la ville, près des remparts et du port, se trouve une île : l’île-aux-faucons. Ce n’est pas vraiment une île, c’est un rocher que la mer fracasse, érode ou caresse suivant le temps et son humeur.
Ancienne prison phénicienne, île du bout du monde, elle se trouve là, aux portes d’Essaouira la Magnifique que ses habitants, où qu’ils soient, transportent dans leur tête et dans leur cœur. Une ville avec une âme, avec une flamme, qui brûle encore dans le cœur des gens de Mogador.
La rue des Ebénistes, la rue des Bijoutiers, le cinéma Kakon, les cocos roses moelleux et fondants de Ouazana, Messoda la cuisinière, les gargotiers près du port : monuments de la mémoire. Les gâteaux de chez Driss pour toutes occasions : visites à l’improviste, mariages intimes, Bar Mitzvah de pauvres. Dames aux chapeaux verts, omniprésentes et discrètes qui, très sérieusement et très régulièrement, prenaient leur « five o’clock tea », comme elles disaient, à quatre heures.
La mer gelée malgré le temps toujours au beau fixe. Le chalet de la plage avec son propriétaire, le gros Woisnard, personnage légendaire, et sa moto BMW qui se faufilait entre les calèches d’Oja. Le club où l’on passait des heures entre deux parties de cartes, à refaire le monde, à anticiper sa vie, à arranger un mariage ou à comploter un départ. Le café de France, l’unique café de la ville, et bien sûr la plage avec ses dunes, et ses longues promenades qui finissaient immanquablement aux vestiges du Fort portugais.

Un port de pirates où les embarcations ressemblaient à ces galions du temps jadis. Elles rapportaient comme des trésors des poissons d’argent dansant dans leurs filets et des images grandioses dans les yeux des pêcheurs de Mogador. Les habitants? Des gens à l’attitude particulière, aux manière différentes, avec une façon de parler bien à eux, une espèce de noblesse, de dignité, de détachement, qui n’existe nulle part ailleurs que chez ces gens, ces gens de Mogador. Le passage des Anglais au siècle dernier a dû y être pour quelque chose car ils émaillent leur conversation arabe de quelques mots gentiment empruntés à cette langue, ce qui leur donne encore davantage de charme. Sur le chemin de Oualidia, j’avais insisté pour visiter cette ville que je ne connaissais pas mais dont tout le monde vantait le caractère spécifique et la beauté unique.
C’est là, pour la première fois, que j’entendis parler de l’île-aux-faucons. Une colonie de faucons pèlerins peuplait en effet ce rocher. Des oiseaux rapaces d’une grande beauté et, chose remarquable, nombreux, pour cette espèce en voie de disparition. Le vent qui souffle de façon quasi permanente entre les feuilles d’arganier et d’olivier raconte des histoires bien étranges. Pourquoi, par exemple, les faucons décidèrent-ils de quitter définitivement l’île, eux qui vivaient là depuis des siècles? Etait-ce la peur? Etait-ce la peur de la peur? Etaient-ce les vents houleux, les vents chargés de sel marin et d’odeurs de poisson grillé qu’une enfilade de marchands vendait dans le dédale des rues autour du port?

Ces vents qui rendaient fou! Nul ne le sait, tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ils partirent inéluctablement, comme si inconsciemment, confusément, ils sentaient que désormais, leur destin se situait ailleurs, sous des cieux plus cléments, moins tourmentés, moins hasardeux. Alors ils prirent leur envol, un grand vol large et majestueux, poussant des cris puissants et comme désespérés qui déchiraient le ciel clair. Puis, petit à petit, les uns après les autres, ils partirent pour ne plus revenir. Pourtant, où retrouveraient-ils jamais la poésie de cette ville blanche aux accents bleus comme la mer, cette ambiance si chaude, si paisible?

Des enfants jouaient là, indifférents au passage du temps. Pour un dirham, la monnaie locale, ils mangeaient des sardines, un oignon, un piment, du pain. Quelquefois, ils achetaient pour trois fois rien des gâteaux aux œufs de goéland de chez Driss, dont ils raffolaient. Puis pendant des heures, ils allaient observer les faucons. À l’exception de quelques spécimens, l’île se dépeupla inexorablement. Ne restèrent que les mouettes et les goélands qui suivent encore, indolents, les bateaux revenant du large. Ce fut la fin des faucons pèlerins sur le rocher de Mogador. Les quelques-uns qui restèrent, accrochés à leur rêve, rattachés à leurs souvenirs, conscients, semble-t-il, de leur fragilité attendent je ne sais quel messie pour leur indiquer le chemin. En attendant, le rocher se vide comme se vide Mogador. Ainsi en est-il de certaines communautés qui rétrécissent comme peau de chagrin, qui essaient, malgré l’histoire, de survivre, qui tentent de se fondre, de se confondre avec leur environnement mais qui finissent par partir comme sont partis, et partent encore, contre leur gré, ces grands faucons pèlerins, beaux et nobles, sur le rocher de l’île de Mogador. Seul un vieux faucon, solitaire et triste, le dos voûté, le regard vague, fixé sur l’horizon, attend, avec de moins en moins d’espoir, que ses enfants reviennent. »
Bob Oré Abitbol- daté de + ou – 1940
extrait de la « Gazette de Dafina »
IMPRESSIONS D’AUJOURD’HUI
« Que représente Essaouira pour moi ? C’est un peu demander à un breton s’il aime la mer et les bateaux...
Toute mon enfance a été bercée par elle, à la pêche d’abord, puis sur les pétroliers ensuite... Pour moi, Essaouira est un copié-collé de ce port de Douarnenez que j’ai connu dans les années 50/60 avec toutes ses scènes et ses animations portuaires... je me dépêche de les reproduire sur mes feuilles d’aquarelle tant qu’il est encore temps...
Quel bonheur de revenir respirer l’air du large après de magnifiques balades au fin fond du pays avec les yeux remplis d’images, les oreilles pleines de sable et le carton à dessins regorgeant d’aquarelles et de croquis...
Essaouira ? Il est facile de se faire des amis, les Souiris étant super sympas!! Et c’est ce qu’ils ont en commun avec les bretons, non? »
Charles Kerivel
dessinateur, peintre, aquarelliste

La scala, côté atlantique c’est un endroit. Quand je ne me sens pas bien je m’assieds sur un canon et regarde la mer. Quand ça va mieux je reprends mon travail. Dans ma boutique je ne vois que la rue, étroite. Je n’ai pas d’horizon. Chaque fois que j’ai des problèmes je vais là. Tu sens en toi la force des gens passés là avant nous. Je suis puissant, je peux défendre ma ville. Tu te charges d’une énergie positive avec l’océan et la hauteur des remparts. Je regarde l’espace, le large. L’hiver aussi, avec le coucher du soleil, cela me réchauffe. Pour moi, le meilleur jour que j’ai passé à Essaouira c’est quand je rencontre des gens du monde entier. C’est cela Essaouira : c’est comme l’espace, ça ouvre. Et c’est un lieu où des gens qui se connaissent d’autres pays se rencontrent, par coïncidence.
Mohamed Taftika
pâtissier dans la rue sidi Mohamed ben Abdallah.